La filière du lait sous le feu d’une guerre douanière avec la Chine

Les salariés de la filière laitière redoutent d’être les victimes collatérales d’une guerre douanière entre l’Europe et la Chine sur les véhicules électriques. Ils attendent des éclaircissements de la part des industriels.
Nouvelle guerre douanière ou début de détente ? En ce début d’année, les salariés de la filière laitière française ne savent plus s’ils doivent s’inquiéter ou se sentir soulagés. Fin décembre 2025, la Chine a annoncé qu’elle augmentait ses tarifs douaniers sur les produits laitiers en provenance de l’Union européenne. La Fédération générale des travailleurs de l’alimentation, des tabacs et des services annexes (FGTA FO) avait alors alerté sur les risques sérieux que ces décisions font peser sur l’emploi et les conditions de travail des salariés de la filière laitière
.
En France, 70 000 salariés sont directement concernés. Qu’ils travaillent dans une multinationale comme Lactalis (marques Président, Lactel, Bridel…) ou Savencia (Etorki, Bresse bleu…), ou dans une coopérative agricole comme les Maîtres laitiers du Cotention (MLC). Mais en ce début du mois de janvier, les Chinois pourraient revoir leur copie après que l’Europe a assoupli sa position sur les véhicules électriques chinois
, explique Alain Wanègue, secrétaire fédéral de la FGTA.
Inquiétudes depuis la fin décembre
Le 23 décembre 2025, le ministère chinois du Commerce avait annoncé des tarifs douaniers provisoires, autrement dit une taxation, allant de 21,9 % à 42,7 % sur les produits laitiers européens. Pékin a prévu de communiquer les droits définitifs le 21 février 2026.
Officiellement, c’est la conséquence d’une enquête menée par la Chine sur les aides européennes à ses producteurs laitiers, qui, selon le ministère chinois du Commerce, amène à estimer que ces aides portent un préjudice considérable à l’industrie nationale chinoise
. Les chinois considèrent que la politique agricole commune (PAC) est une aide aux producteurs
, explique Alain Wanègue. Officieusement, c’est une mesure de rétorsion aux droits de douane européens sur les véhicules électriques chinois. Or la Commission européenne propose désormais à la Chine de vendre ses voitures électriques à un tarif minimum en Europe. Pékin s’est montré intéressé par l’idée. Si elle était mise en œuvre, les tarifs douaniers européens sur les automobiles chinoises seraient abaissés. La Chine ferait alors de même sur les produits laitiers.
Les salariés attendent des réponses des industriels
En attendant, des droits de douane majorés s’appliquent-ils effectivement, depuis le 23 décembre, sur les produits laitiers européens, et notamment français ? A quelle hauteur ? Sur quels produits ? Avec quelles conséquences économiques et sociales ? Les réponses se trouvent du côté des industriels. Nous avons inscrit la question à l’ordre du jour du CSE de fin janvier
, explique ainsi Franck Lesoeur, délégué syndical FO aux Maîtres laitiers du Cotentin. La coopérative a passé un contrat, via un exportateur, pour expédier du lait en briques en Chine. Les droits de douane sont-ils effectivement majorés ? Si oui, qui supporte le surcoût ? Les salariés attendent maintenant des réponses de la direction.
Dans l’intervalle, Franck Lesoeur regarde avec prudence toute annonce sur le sujet. Il y a toujours le risque que la direction se serve de l’argument des droits de douane pour faire pression sur les syndicats qui demanderaient des hausses de salaire
, explique-t-il. Car c’est aussi l’époque des NAO dans les entreprises.
