CIT : Intervention de Branislav Rugani

Du 1er au 12 juin en 2026, les représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs des 187 États Membres de l’OIT se réunissent lors de la 114e Conférence internationale du Travail afin de discuter des questions relatives au monde du travail, telles que le travail décent dans l’économie des plateformes, le programme porteur de changements en faveur de l’égalité des genres au travail et le dialogue social et le tripartisme. Branislav Rugani, secrétaire confédéral FO, est intervenu pour l’ensemble des organisations syndicales de travailleurs français.
M le Président, Mesdames, Messieurs les délégués, Mesdames, Messieurs,
Je suis secrétaire confédéral du secteur International / Europe de Force Ouvrière, je parle ici au nom de l’ensemble des organisations syndicales de travailleurs françaises.
Je souhaite tout d’abord affirmer notre solidarité avec tous les syndicats de travailleurs, qui continuent à être réprimés, emprisonnés, assassinés, dans les différentes parties du monde simplement par ce qu’ils défendent les valeurs que porte l’Organisation Internationale du Travail.
Cette 114e session de la CIT se doit de renforcer le multilatéralisme, de porter haut les valeurs voulues par ces créateurs et de marquer un véritable tournant pour les travailleurs et le monde du travail.
De trop nombreux conflits dans le monde viennent impacter l’ensemble des travailleurs qui se battent non plus pour vivre mais bien pour survivre, l’activité stagne, l’emploi privé et public recule, les défaillances d’entreprises sont en hausse.
Derrière ce constat, il y a des vies.
Des travailleurs dont le pouvoir d’achat s’érode, des familles modestes dont le reste à vivre fond à chaque passage en caisse. Cette dégradation frappe d’abord les bassins industriels en transition, les territoires ruraux ou périurbains éloignés des centres d’activité.
Là où la fragilité existait déjà, le choc actuel l’aggrave. Cette réalité-là se mesure mal dans les notes de conjoncture. Elle doit pourtant impérativement être intégrée et prise en compte dans nos réflexions.
Aussi il est essentiel de travailler à la promotion de la justice sociale pour :
• Faire avancer le dialogue social, la négociation collective, le respect de la chaine de valeurs, éradiquer le travail des enfants et l’esclavage,
• Créer des emplois de qualité, durables et dans un environnement sûr, trop de travailleurs meurent chaque jour sur leur lieu de travail, ou à cause du travail,
• Faire reculer la pauvreté et le travail informel par la promotion du salaire vital avec une protection de la santé, la mise en place ou la sauvegarde des systèmes de retraite par répartition.
Par ce que nous voulons tous la paix, nous nous devons de construire la justice sociale.
Une nouvelle norme est en discussion et nous appelons de tous nos vœux toutes les parties du multilatéralisme présents et en action pour que cette discussion soit une réussite afin d’assurer une protection aux travailleurs des plateformes, qu’ils soient salariés ou indépendants, jeunes ou séniors, plus ou moins vulnérables.
Le futur qui se construit avec l’Intelligence Artificielle et qui nous montre chaque jour les effets néfastes qu’il produit sur le monde du travail doit être régulé et encadré, c’est une priorité, c’est une urgence !
Dans mon pays, la France, qui vient de ratifier la Convention 155, et rejoint ainsi les nations ayant ratifié l’ensemble des conventions fondamentales de l’OIT.
Dans cette France qui va de l’avant, je me dois tout de même de rester lucide, car nous devons rester vigilants à chaque instant pour maintenir nos acquis.
Ainsi, nous avons récemment dû à plusieurs reprises nous battre pour défendre le 1er mai, journée de revendications internationales des travailleurs, qui en France est une journée obligatoirement, non travaillée et payée pour tous les travailleurs d’après les dispositions de notre Code du travail. Nous avons maintenu ce cadre légal pour le 1er mai de cette année, mais une nouvelle attaque est déjà enclenchée pour le 16 juin prochain et nous le savons déjà, le combat n’est pas fini.
Je tiens à rappeler que le 1er mai n’est pas un jour férié comme les autres. Il commémore les luttes pour les droits des travailleuses et des travailleurs, marquées notamment par des événements tragiques, comme la fusillade de Fourmies le 1er mai 1891. Remettre en cause le principe de cette journée, c’est remettre en cause plus d’un siècle d’histoire sociale et de conquêtes collectives.
Pour finir, je voudrais vous rappeler la promesse de la Déclaration de Philadelphie selon laquelle, je cite « tous les êtres humains, quels que soient leur race, leur croyance ou leur sexe, ont le droit de poursuivre leur progrès matériel et leur développement spirituel dans la liberté et la dignité, dans la sécurité économique et avec des chances » fin de citation.
Par le dialogue tripartite qui s’est établi au sein de l’OIT, nous avons fait la promesse de réformer le monde du travail et d’offrir aux travailleurs des emplois adéquatement rémunérés des conditions de travail dignes, une liberté, une santé, une sécurité et de réelles opportunités.
Pour ma part, je considère que cette promesse n’engage pas seulement ceux qui l’ont écrite, mais elle nous engage tous à aller de l’avant.
Plus que jamais, nous nous devons d’être à la hauteur de cette promesse !
